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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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DES ÉDITEURS DE KEHL.

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Les conseils que donne Mentor à Idoménée, quoique inspirés parun sentiment vertueux, ne seraient guère praticables, surtout dansune grande société; et il faut avouer que cette division des citoyensen classes distinguées entre elles par les habits nest dune politiqueni bien profonde ni bien solide.

Les progrès de lindustrie, il faut en convenir, ont contribué, si-non au bonheur, du moins au bien-être des hommes; et lopinionque le siècle a vécu M. de Voltaire valait mieux que ceux quonquon regrette tant nest point particulière à cet illustre philosophe;elle est celle de beaucoup dhommes très-éclairés.

Ainsi, en ayant égard à lespèce dexagération que permet la poé-sie, surtout dans un ouvrage de plaisanterie, ces pièces ne méritentaucun reproche grave, et moins quaucun autre celui de dureté oude personnalité qne leur a fait J.-J. Rousseau; car cest précisémentparce que le commerce, lindustrie, le luxe, lient entre eux les na-tions et les états de la société, adoucissent les hommes, et font ai-mer la paix, que M. de Voltaire en a quelquefois exagéré les avan-tages.

Nous avouerons avec la même franchise que la vie dun honnêtehomme, peinte dans le Mondain, est celle dun sybarite, et quetout homme qui mène cette vie ne peut être, même sans avoir aucunvice, quun homme aussi méprisable quennuyé; mais, il estaisé de voir qne cest une pure plaisanterie. Un homme qui, pendantsoixante et dix ans, na point peut-être passé un seul jour sans écrireou sans agir en faveur de lhumanité, aurait-il approuvé une vieconsumée dans de vains plaisirs? 11 a voulu dire seulement quunevie inutile, perdue dans les voluptés, est moins criminelle et moinsméprisable quune vie austère employée dans lintrigue, souillée parles ruses de lhypocrisie, ou les manœuvres de lavidité.

VOLTAIRE.