LE MONDAIN.
Ne connaissant ni le tien ni le mien.Qu’auraient-ils pu connaître ? ils n’avaient rien ;Ils étaient nus ; et c’est chose très-claireQue qui n’a rien n’a nul partage à faire.
Sobres étaient. Ah ! je le crois encor :
Martialo 1 n’est point du siècle d’or.
D’un bon vin frais ou la mousse ou la sèveNe gratta point le triste gosier d’Ève ;
La soie et l’or ne brillaient point chez eux.Admirez-vous pour cela nos aïeux ?
Il leur manquait l’industrie et l’aisance :
Est-ce vertu? c’était pure ignorance.
Quel idiot, s’il avait eu pour lorsQuelque bon lit, aurait couché dehors?
Mon cher Adam, mon gourmand, mon bon père,Que fesais-tu dans les jardins d’Éden?Travaillais-tu pour ce sot genre humain ?Caraissais-tu madame Ève ma mère ?
Avouez-moi que vous aviez tous deuxLes ongles longs, un peu noirs et crasseux,
La chevelure un peu mal ordonnée,
Le teint bruni, la peau bise et tannée.
Sans propreté l’amour le plus heureuxN’est plus amour, c’est un besoin honteux.Bientôt lassés de leur belle aventure,
Dessous un chêne ils soupent galammentAvec de l’eau, du millet, et du gland ;
Le repas fait, ils dorment sur la dure :
Voilà l’état de la pure nature.
Or, maintenant voulez-vous, mes amis,
Savoir un peu, dans nos jours tant maudits,
Soit à Paris, soit dans Londre, ou dans Rome,Quel est le train des jours d’un honnête homme ?Entrez chez lui : la foule des beaux-arts,
Enfants du goût, se montre à vos regards.