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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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LE MONDAIN.

Ne connaissant ni le tien ni le mien.Quauraient-ils pu connaître ? ils navaient rien ;Ils étaient nus ; et cest chose très-claireQue qui na rien na nul partage à faire.

Sobres étaient. Ah ! je le crois encor :

Martialo 1 nest point du siècle dor.

Dun bon vin frais ou la mousse ou la sèveNe gratta point le triste gosier dÈve ;

La soie et lor ne brillaient point chez eux.Admirez-vous pour cela nos aïeux ?

Il leur manquait lindustrie et laisance :

Est-ce vertu? cétait pure ignorance.

Quel idiot, sil avait eu pour lorsQuelque bon lit, aurait couché dehors?

Mon cher Adam, mon gourmand, mon bon père,Que fesais-tu dans les jardins dÉden?Travaillais-tu pour ce sot genre humain ?Caraissais-tu madame Ève ma mère ?

Avouez-moi que vous aviez tous deuxLes ongles longs, un peu noirs et crasseux,

La chevelure un peu mal ordonnée,

Le teint bruni, la peau bise et tannée.

Sans propreté lamour le plus heureuxNest plus amour, cest un besoin honteux.Bientôt lassés de leur belle aventure,

Dessous un chêne ils soupent galammentAvec de leau, du millet, et du gland ;

Le repas fait, ils dorment sur la dure :

Voilà létat de la pure nature.

Or, maintenant voulez-vous, mes amis,

Savoir un peu, dans nos jours tant maudits,

Soit à Paris, soit dans Londre, ou dans Rome,Quel est le train des jours dun honnête homme ?Entrez chez lui : la foule des beaux-arts,

Enfants du goût, se montre à vos regards.