LE MONDAIN.
De mille mains l’éclatante industrieDe ces dehors orna la symétrie.
L’heureux pinceau, le superbe dessinDu doux Corrège et du savant PoussinSont encadrés dans l’or d’une bordure.
C’est Bouchardon c qui fit cette figure,
Et cet argent fut poli par Germain d .
Des Gobelins l’aiguille et la teintureDans ces tapis surpassent la peinture.
Tous ces objets sont vingt fois répétésDans des trumeaux tout brillants de clartés.De ce salon je vois par la fenêtre,
Dans des jardius, des myrtes en berceaux ;Je vois jaillir les bondissantes eaux.
Mais du logis j’entends sortir le maître :
Un char commode, avec grâces orné,
Par deux chevaux rapidement traîné,
Paraît aux yeux une maison roulante,Moitié dorée, et moitié transparente :Nonchalamment je l’y vois promené ;
De deux ressorts la liante souplesseSur le pavé le porte avec mollesse.
Il court au bain : les parfums les plus douxRendent sa peau plus fraîche et plus polie '.Le plaisir presse ; il vole au rendez-vousChez Camargo, chez Gaussin, chez Julie ;
Il est comblé d’amour et de faveurs.
Il faut se rendre à ce palais magiqueOù les beaux vers, la danse, la musique,L’art de tromper les yeux par les couleurs,L’art plus heureux de séduire les cœurs,
De cent plaisirs font un plaisir unique.
Il va siffler quelque opéra nouveau,
Ou, malgré lui, court admirer Rameau,Allons souper. Que ces brillants services,Que ces ragoûts ont pour moi de délices !