DÉFENSE DU MONDAIN.
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Certain butor conseillait, par ménage,
Qu’on abolît ces travaux précieux ,
Des Lyonnais ouvrage industrieux.
Du conseiller l’absurde prud’homieEût tout perdu par pure économie :
Mais le ministre, utile avec éclat,
Sut par le luxe enrichir notre état.
De tous nos arts il agrandit la source;
Et du midi, du levant, et de l’Ourse,
Nos fiers voisins, de nos progrès jaloux,
Payaient l’esprit qu’ils admiraient en nous.
Je veux ici vous parler d’un autre homme,
Tel que n’en vit Paris, Pékin, ni Rome :
C’est Salomon, ce sage fortuné,
Roi philosophe, et Platon couronné,
Qui connut tout, du cèdre jusqu’à l’herbe :
Vit-on jamais un luxe plus superbe?
Il fesait naître au gré de ses désirsL’argent et l’or, mais surtout les plaisirs.
Mille beautés servaient à son usage. »
« Mille ?» « On le dit ; c’est beaucoup pour un sage.Qu’on m’en donne une, et c’est assez pour moi,Qui n’ai l’honneur d’être sage ni roi. »
Parlant ainsi, je vis que les convivesAimaient assez mes peintures naïves ;
Mon doux béat très-peu me répondait,
Riait beaucoup, et beaucoup plus buvait ;
Et tout chacun présent à cette fêteFit son profit de mon discours honnête.
NOTE.
» Ce qu’on appelait manipulus était d’abord une poignée de foin queles Romains mettaient au haut d’une perche, premier étendard des con-quérants de l’Europe, de l’Asie Mineure et de l’Afrique septentrio-nale. »