Buch 
Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
Entstehung
Seite
83
JPEG-Download
 

DÉFENSE DU MONDAIN.

83

Certain butor conseillait, par ménage,

Quon abolît ces travaux précieux ,

Des Lyonnais ouvrage industrieux.

Du conseiller labsurde prudhomieEût tout perdu par pure économie :

Mais le ministre, utile avec éclat,

Sut par le luxe enrichir notre état.

De tous nos arts il agrandit la source;

Et du midi, du levant, et de lOurse,

Nos fiers voisins, de nos progrès jaloux,

Payaient lesprit quils admiraient en nous.

Je veux ici vous parler dun autre homme,

Tel que nen vit Paris, Pékin, ni Rome :

Cest Salomon, ce sage fortuné,

Roi philosophe, et Platon couronné,

Qui connut tout, du cèdre jusquà lherbe :

Vit-on jamais un luxe plus superbe?

Il fesait naître au gré de ses désirsLargent et lor, mais surtout les plaisirs.

Mille beautés servaient à son usage. »

« Mille ?» « On le dit ; cest beaucoup pour un sage.Quon men donne une, et cest assez pour moi,Qui nai lhonneur dêtre sage ni roi. »

Parlant ainsi, je vis que les convivesAimaient assez mes peintures naïves ;

Mon doux béat très-peu me répondait,

Riait beaucoup, et beaucoup plus buvait ;

Et tout chacun présent à cette fêteFit son profit de mon discours honnête.

NOTE.

» Ce quon appelait manipulus était dabord une poignée de foin queles Romains mettaient au haut dune perche, premier étendard des con-quérants de lEurope, de lAsie Mineure et de lAfrique septentrio-nale. »