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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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DÉFENSE DU MONDAIN.

Mais de ces eaux si la source tarit,

Lherbe est séchée, et la fleur se flétrit.

Ainsi lon voit en Angleterre, en France,

Par cent canaux circuler labondance.

Le goût du luxe entre dans tous les rangs :

Le pauvre y vit des vanités des grands ;

Et le travail, gagé par la mollesse,

Souvre à pas lents la route à la richesse.

« Jentends dici des pédants à rabats,Tristes censeurs des plaisirs quils nont pas,Qui me citant Denys dHaliearnasse,

Dion, Plutarque, et même un peu dHorace,Vont criaillant quun certain Curius,Cincinnatus, et des consuls en us ,

Bêchaient la terre au milieu des alarmes ;Quils maniaient la charrue et les armes ;

Et que les blés tenaient à grand honneurDêtre semés par la main dun vainqueur.

Cest fort bien dit, mes maîtres ; je veux croireDes vieux Romains la chimérique histoire.Mais, dites-moi, si les dieux, par hasard,Fesaient combattre Auteuil et Vaugirard,Faudrait-il pas, au retour de la guerre,

Que le vainqueur vint labourer sa terre ?Lauguste Rome, avec tout son orgueil,

Rome jadis était ce quest Auteuil.

Quand ces enfants de Mars et de Sylvie,

Pour quelque pré signalant leur furie,

De leur village allaient au champ de Mars,

Ils arboraient du foin a pour étendards.

Leur Jupiter, au temps du bon roi Tulle,

Était de bois ; il fut dor sous Luculle.

Nallez donc pas, avec simplicité,

Nommer vertu ce qui fut pauvreté.

« Oh ! que Colbert était un esprit sage !