LE PAUVRE DIABLE-
( Dont Marion fut servie assez mal ) 1Fit élever près du Palais-Royal.
Avec éclat j’entretins donc ma belle ;
Croyant l’aimer, croyant être aimé d’elle,
Je prodiguais les vers et les bijoux ;
Billets de change étaient mes billets doux :
Je conduisais ma Laïs triomphante,
Les soirs d’été, dans la lice éclatanteDe ce rempart, asile des amours ,
Par Outrequin rafraîchi tous les jours" 1 .
Quel beau vernis brillait sur sa voiture !
Un petit peigne orné de diamantsDe son chignon surmontait la parure ;
L’Inde à grands frais tissut ses vêtements ;L’argent brillait dans la cuvette ovaleOù sa peau blanche et ferme, autant qu’égale,S’embellissait dans des eaux de jasmin.
A son souper, un surtout de GermainEt trente plats chargeaient sa table rondeDes doux tributs des forêts et de l’onde.
Je voulus vivre en fermier général :
Que voulez-vous, hélas! que je vous dise?
Je payai cher ma brillante sottise;
En quatre mois je fus à l’hôpital.
Voilà mon sort, il faut que je l’avoue.Conseillez-moi.— Mon ami, je te loueD’avoir enfin déduit sans vanitéTon cas honteux, et dit la vérité ;
Prête l’oreille à mes avis fidèles.
Jadis l’Égypte eut moins de sauterellesQue l’on ne voit aujourd’hui dans ParisDe malotrus, soi-disant beaux esprits,
Qui, dissertant sur les pièces nouvelles,
En font encor de plus sifflables qu’elles :
Tous l’un de l’autre ennemis obstinés,