LE PAUVRE DIABLE.
Où courus-tu présenter ta misère?
— Las ! où courir dans mon destin maudit !N’ayant ni pain, ni gîte, ni crédit,
Je résolus de finir ma carrière ,
Ainsi qu’ont fait au fond de la rivièreDes gens de bien, lesquels n’en ont rien dit.
O changement ! ô fortune bizarre !J’apprends soudain qu’un oncle trépassé,Vieux janséniste et docteur de Navarre,
Des vieux docteurs certes le plus avare,
Ab intestat, malgré lui, m’a laisséD’argent comptant un immense héritage.
Bientôt changeant de mœurs et de langage,.Te me décrasse; et m’étant dérobéA cette fange où j’étais embourbé,
Je prends mon vol, je m’élève, je plane ;
Je veux tâter des plus brillants emplois,
Être officier, signaler mes exploits,
Puis de Thémis endosser la soutane,
Et, moyennant vingt mille écus tournois,
Être appelé le tuteur de nos rois.
J’ai des amis, je leur fais grande chère ;
J’ai de l’esprit alors, et tous mes versOnt comme moi l’heureux talent de plaire :
Je suis aimé des dames que je sers.
Pour compléter tant d’agréments divers,
On me propose un très-bon mariage ;
Mais les conseils de mes nouveaux amis,
Un grain d’amour ou de libertinage,
La vanité, le bon air, tout m’engageDans les filets de certaine LaïsQue Belzébut fit naître en mon pays ,
Et qui depuis a brillé dans Paris.
Elle dansait à ce tripot lubriqueQue de l’Église un ministre impudique