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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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LE EUSSE A PARIS.

Uli petit magistrat à peine émancipé,

Un pédant sans honneur, à Bicêtre échappé,

Sil a du bel esprit la jalouse manie,

Intrigue, parle, écrit, dénonce, calomnie,

En crimes odieux travestit les vertus :

Tous les traits sont lancés, tous les rets sont tendus.On cabale à la cour ; on ameute, on exciteCes petits protecteurs sans place et sans mérite,Ennemis des talents, des arts, des gens de bien,

Qui se sont faits dévots, de peur de nêtre rien.

Nosant parler au roi, qui liait la médisance,

Et craignant de ses yeux la sage vigilance,

Ces oiseaux de la nuit, rassemblés dans leurs trous ,Exhalent les poisons de leur orgueil jaloux :

« Poursuivons, disent-ils, tout citoyen qui pense.

Un génie ! il aurait cet excès dinsolence !

Il na pas demandé notre protection !

Sans doute il est sans mœurs et sans religion ;

11 dit que dans les cœurs Dieu sest gravé lui-même,Quil nest point implacable, et quil suffit quon laime.Dans le fond de son âme il se rit des Fantins *,

De Marie Alacoque *, et de la Fleur des Saints 7 .

Aux erreurs indulgent, et sensible aux misères,

11 a dit, on le sait, que les humains sont frères ;

Et, dans un doute affreux lâchement obstiné,

11 nosa convenir que Newton fût damné.

Le brûler est une œuvre et sage et méritoire. »

Ainsi parle à loisir ce digne consistoire.

Des vieilles à ces mots, au ciel levant les yeux,Demandent des fagots pour cet homme odieux ;

Et des petits péchés commis dans leur jeune âgeElles font pénitence en opprimant un sage.

LE RUSSE.

Hclas ! ce que japprends de votre nationMe remplit de douleur et de compassion.