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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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LES DEUX SIÈCLES.

Non ; dun plus noble orgueil notre esprit est blesséNous croyons valoir mieux que le bon temps passé.La sagesse en nos jours a sur nous tant dempire,Que nous avons perdu la faculté de rire.

Cest dommage : autrefois Molière était plaisant;

Il sut nous égayer, mais en nous instruisant.

Le comique pleureur aujourdhui veut séduire,

Et sans nous amuser renonce à nous instruire.

Que je plains un Français quand il est sans gaieté !Loin de son élément le pauvre homme est jeté.

.Te naime point Thalie alors que sur la scèneElle prend gauchement lhabit de Melpomène.

Ces deux charmantes sœurs ont bien changé de ton :Hors de son caractère on ne fait rien de bon.

Molière en rit-bas, et Racine en soupire.

Il ne peut supporter linsipide délireDe tous ces plats romans mis en vers boursouflés,Apostrophes aax dieux, lieux communs ampoulés,Maximes sans raison, nœuds dintrigues bizarres,

Et la scène française en proie à des barbares.

« Tant mieux, dit un rêveur soi-disant financier,Qui gouverne lÉtat du haut de son grenier ;

La chute des beaux-arts est un bien pour la France :Des revenus du roi ma main tient la balance,

.Te verrai des impôts les Français affranchis ;

Vous ennuyez lÉtat, et moi je lenrichis.

Jai su fertiliser la terre avec ma plume-,

Jai fait contre Colbert un excellent volume.

Le public nen sait rien, mais la postéritéMattend pour me conduire à limmortalité :

Et, pour prix des calculs mon esprit se tue,

Je veux avec Jean-Jacque avoir une statue a . »

« Taisez-vous, lui répond un philosophe altier,

Et ne vous vantez plus de votre obscur métier.

Vous gouvernez lÉtat ! quelle triste manie