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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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LES DEUX SIÈCLES.

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Peut dans ce cercle étroit captiver un génie ?

Prenez un plus haut vol : gouvernez l'univers ;Prouvez-nous que les monts sont formés par les mers ;Jetez les Apennins dans labîme de londe ;

Descendez par un trou dans le centre du monde.

Pour bien connaître lâine et nos sens inégaux,

Allez des Patagons disséquer les cerveaux :

Et, tandis que Nedham a créé des anguilles,

Courez chez les Lapons, et ramenez des filles.

Voilà comme on sillustre en ce siècle profond.

De la nature enfin mes yeux ont vu le fond.

Que Dieu parle à son gré, quà sa voix tout sarrange :Ce trait a ses beautés : moi je parle, et tout change.

Va, ne tamuse plus aux finances du roi,

Viens-ten créer un monde, et sois dieu comme moi. »A ces discours brillants, saisi dun saint scrupule,Larchidiacre Trublet sépouvante et recule ;

Et, pour charnier la cour, qui sy connaît si bien,

Avec un récollet fait le Journal chrétien.

Les voilà tous les deux qui, commentant Moïse,

Pour quinze sous par mois sont lappui de lÉglise.

Ils travaillent longtemps : leur libraire conclutQuil va mourir de faim, mais quil fait son salut.

Un autre fou 1 paraît, suivi de,sa sorcière ;

Il veut réduire au gland lacadémie entière.

« Renoncez aux cités, venez au fond des bois,

Mortels ; vivez contents sans secours et sans lois :

Ou, si vous persistez dans labus effroyableDe goûter les plaisirs dun être sociable,

A mes soins vigilants osez vous confier :

Je fais dun gentilhomme un garçon menuisier.

Ma Julie, avec moi perdant son pucelage,

Accouche dun fœtus, et nen est que plus sage.

Rien nest mal, rien nest bien ; je mets tout de niveau.Je marie au Dauphin la fille du bourreau :

1 J--J. Rousseau. (Ed.)

12.