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LES DEUX SIECLES.
Les Petites-Maisons, où toujours j’étudie,
Valent bien la Sôrbonne et sa théologie. »
Ainsi sur le Pont-Neuf, parmi les charlatans,L’échappé de Genève ameute les passants,
Grimpé sur les tréteaux qui jadis dans AthèneAvaient servi de loge au chien de Diogène.
Si la philosophie a pris ce noble essor,
L’histoire sous nos mains va s’embellir encor.
Des riens approfondis dans un long répertoire,
Sans éclairer l’esprit, surchargent la mémoire.
Allons, poudreux valets d’insolents imprimeurs,Petits abbés crottés, faméliques auteurs,Ressassez-moi Pétau, copiez-moi du Cange ;
De tous nos vieux écrits compilez le mélange.
Servez d’antiques mets, sous des noms empruntés,
A l’appétit mourant des lecteurs dégoûtés.
Mais surtout écrivez en prose poétique ;
Dans un style ampoulé parlez-moi de physique ;Donnez du gigantesque ; étourdissez les sots.
Si vous ne pensez pas, créez de nouveaux mots ;
Et que votre jargon, digne en tout de notre âge,
Nous fasse de Racine oublier le langage.
Jadis en sa volière un riche curieuxRassembla des oiseaux le peuple harmonieux ;
Le chantre de la nuit, le serin, la fauvette,
De leurs sons enchanteurs égayaient sa retraite:
Il eut soin d’écarter les lézards et les rats.
Ils n’osaient approcher : ce temps ne dura pas.
Un nouveau maître vint. Ses gens se négligèrent ;
La volière tomba ; les rats s’en emparèrent.
Ils dirent aux lézards : « Illustres compagnons,
Les oiseaux ne sont plus, et c’est nous qui régnons. »
NOTE.
« On a déjà vu que Jean-Jacques Rousseau le Genevois s’avisa d’écrire,dans une lettre à monsieur l'archevêque de Paris, que l’Europe auraitdù lui élever une statue, à lui Jean-Jacques (1771).