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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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140 LE PÈRE NICODÈME

Qui prenaient notre argent pour mettre en œuvres piesTous ces gens-, nïon père, étaient de grands génies !

LE PÈRE NICODÈME.

Mon fils, nen doute pas, ils ont philosophé ;

Et soudain leur esprit, par le diable échauffé,

Brûla de tous les feux de la concupiscence.

Dans les bosquets dÉden larbre de la sciencePortait un fruit de mort et de corruption ;

Notre bon père en eut une indigestion :

Pour lui bien conserver sa fragile innocence,

Il eût fallu planter larbre de lignorance.

JEANNOT.

Cest bien dit : mais souffrez que Jeannot lhébétéPropose avec respect une difficulté.

De tous les écrivains dont la pesante plumeBarbouilla sans penser tous les mois un volume,

Le plus ignare en grec, en français, en latin,

Cest notre ami Fréron, de Quimper-Corentin.

Sa grosse âme pourtant dans le vice est plongée ;

De cent mortels poisons Belzébut la rongée.

Je conclurais de, si josais raisonner,

Que le pauvre desprit peut encor se damner.

LE PÈRE NICODÈME.

Oui, mais cest quand ce pauvre ose se croire riche ;Cest quand du bel esprit un lourd pédant sentiche ;Quand le démon dorgueil et celui de la faimSaisissent à la gorge un maudit écrivain :

Le déloyal alors est possédé du diable.

Chez tout sot bel esprit le vice est incurable;

Il va trouver enfin, pour prix de ses travers,Desfontaine et Chausson dans le fond des enfers.

Au pur sein dAbraham il eût volé peut-être,

Si dans son humble étage il eût su se connaître ;

Mais il fut réprouvé sitôt quil entrepritDallier la sottise avec le bel esprit.