ET JEANNOT.
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Autrefois un hibou, formé par la naturePour fuir l’astre du jour au fond de sa masure,
Lassé de sa retraite, eut le projet hardiLe voir comment est fait le soleil à midi.
H pria, de son antre, une aigle sa voisineDe daigner le conduire à la sphère divine,
D’où le blond Apollon de ses rayons dorésPerce les vastes cieux par lui seul éclairés.
L’aigle au milieu des airs le porta sur ses ailes ;
Mais bientôt, ébloui des clartés immortelles,
Dont l’éclat n’est pas fait pour ses débiles yeux,
Le mangeur de souris tomba du haut des cieux.
Les oiseaux, accourus à ses plaintes funèbres,
Dévorèrent soudain le courrier des ténèbres.
Profite de sa faute ; et, tapi dans ton trou,
Fuis le jour à jamais, en fidèle hibou.
JEANNOT.
On a beau se soumettre à fermer la paupière,
On voudrait quelquefois voir un peu de lumière.
J’entends dire en tous lieux que le monde est instruit;
Qu'avec saint Loyola le mensonge s’enfuit;
Qu’Aranda dans l’Espagne, éclairant lesfidèles,
A l’inquisition vient de rogner les ailes.
Chez les Italiens les yeux se sont ouverts ;
Une auguste cité, souveraine des mers,
Des filets de Barjone a rompu quelques mailles.
Le souverain chéri qui naquit dans VersaillesAnnula, m’a-t-on dit, ces billets si fameuxQue les morts aux enfers emportaient avec euxAvec discrétion la sage Tolérance
1 L’archevêque de Paris, Beaumont, exigeait que ceux qui deman-daient les sacrements, à la mort, présentassent un billet signé de leurconfesseur. Le parlement crut devoir sévir contre ce joug nouveau qu’onvoulait imposer aux citoyens. Malheureusement il se trompa sur lesmoyens : il ordonna d’administrer, au lieu d’ordonner simplement d’en-terrer ceux que l’arehevêque laisserait mourir sans sacrements. Au boutde six mois, le bon Christophe les aurait offerts atout le monde. K.