LES CABALES. 157
Nous avons, vous et moi, besoin de tolérance.
Que deviendrait le monde et la société,
Si tout, jusqu’à l’athée, était sans charité ?
Permettez qu’ici-bas chacun fasse à sa tête.
J’avouerai qu’Épicure avait une âme honnête,
Mais le grand Marc-Aurèle était plus vertueux.
Lucrèce avait du bon, Cicéron valait mieux.
Spinosa pardonnait à ceux dont la faiblesse"
D’un moteur éternel admirait la sagesse.
Je crois qu’il est un Dieu; vous osez le nier :
Examinons le fait sans nous injurier.
« J’ai désiré cent fois, dans ma verte jeunesse,
De voir notre saint-père, au sortir delà messe,
Avec le grand-lama dansant en cotillon ;
Bossuet le funèbre embrassant Fénelon ;
Et, le verre à la main, le Tellier et NoaillesChantant chez Maintenon des couplets dans Versailles.
Je préférais Chaulieu, coulant en paix ses joursEntre le dieu des vers et celui des amours,
A tous ces froids savants dont les vieilles querellesTraînaient si pesamment les dégoûts après elles.
« Des charmes de la paix mon cœur était frappé ;
.Fespérais en jouir : je me suis bien trompé.
On cabale à la cour, à l’armée, au parterre ;
Dans Londres, dans Paris, les esprits sont en guerre ;
Ils y seront toujours. La Discorde autrefois,
Ayant brouillé les dieux , descendit chez les rois ;
Puis dans l’Église sainte établit son empire,
Et l’étendit bientôt sur tout ce qui respire.
Chacun vantait la paix, que partout on chassa.
On dit que seulement par grâce on lui laissaDeux asiles fort doux : c’est le lit et la table.
Puisse-t-elle y fixer un règne un peu durable !
L’un d’eux me plaît encore. Allons, amis, buvons ;
Cabalons pour Chloris, et fesons des chansons. »
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