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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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LES CABALES.

Mais jai sur la nature encor quelque scrupule.

Lunivers membarrasse, et je ne puis songerQue cette horloge existe, et nait point dhorlogerMille abus, je le sais, ont régné dans lÉglise ;

Fleury le confesseur en parle avec franchise hJai pu de les siffler prendre un peu trop de soin :

Eh ! quel auteur, hélas ! ne va jamais trop loin ?

De saint Ignace encore on me voit souvent rire ;

Je crois pourtant un Dieu, puisquil faut vous le dire. »

« Ah, traître ! ah, malheureux ! je men étais douté.

Va, javais bien prévu ce trait de lâcheté,

Alors que de Maillet insultant la mémoire k ,

Du monde quil forma tu combattis lhistoire...

Ignorant, vois leffet de mes combinaisons :

Les hommes autrefois ont été des poissons ;

La mer de lAmérique a marché vers le Phase ;

Les huîtres dAngleterre ont formé le Caucase :

Nous te lavions appris, mais tu tes éloignéDu vrai sens de Platon, par nous seuls enseigné.

Lâche ! oses-tu bien croire une essence suprême ? »

« Mais, oui. » « De la nature as-tu lu le Système?

Par ses propos diffus nes-tu pas foudroyé ?

Que dis-tu de ce livre? » « Il ma fort ennuyé 1 . »

« Cen est assez, ingrat : ta perfide insolenceDans mon premier concile aura sa récompense.

Va, sot adorateur dun fantôme impuissant,

Nous tavions jusquici préservé du néant ;

Nous ty ferons rentrer, ainsi que ce grand ÊtreQue tu prends bassement pour ton unique maître.

De mes amis, de moi, tu seras méprisé. »

< Soit. » « Nous insulterons à ton génie usé. »

« Jy consens. » « Des fatras de brochures sans nombreDans ta bière à grands flots vont tomber sur ton ombre.a Je nen sentirai rien. » « Nous tabandonneronsAux puissants Langlevieux, aux immortels Frérons. »

« Ah ! bachelier du diable, un peu plus dindulgence :