DE PÉGASE, ET DU VIEILLAKD.
Tu pourrais, dans la foule heureusement guidé,
Et suivant d’assez loin le sublime Vadé,
Retrouver une place au séjour du génie.
LE VIEILLABD.
Hélas ! j’eus autrefois cette noble manie.
D’un espoir orgueilleux honteusement déçu,
Tu sais, mon cher ami, comme je fus reçu,
Et comme on bafoua mes grandes entreprises :
A peine j’abordai, les places étaient prises.
Le nombre des élus au Parnasse est complet ;
Nous n’avons qu’à jouir : nos pères ont tout fait :Quand l’œillet, le narcisse, et les roses vermeilles,Ont prodigué leur suc aux trompes des abeilles,
Les bourdons sur le soir y vont chercher en vainCes parfums épuisés qui plaisaient au matin.
Ton Parnasse d’ailleurs, et ta belle écurie,
Ce palais de la Gloire, est l’antre de l’Envie.Homère, cet esprit si vaste et si puissant,
N’eut qu’un imitateur, et Zoïle en eut cent.
Je gravis avec peine à cette double cimeOù la mesure antique a fait place à la rime,
Où Melpomène en pleurs étale en ses discoursDes rois du temps passé la gloire et les amours.Pour contempler de près cette grande merveille,
Je me mis dans un coin sous les pieds de Corneille.Bientôt Martin Fréron b , prompt à me corriger,M’aperçut dans ma niche , et m’en fit déloger.
Par ce juge équitable exilé du Parnasse,
Sans secours, sans amis, humble dans ma disgrâce,Je voulus adoucir par des égards flatteurs,
Par quelques soins polis , mes frères les auteurs.
Je n'y réussis point ; leur bruyante séquelleA connu rarement l’amitié fraternelle :
Je n’ai pu désarmer Sabotier c , mon rival.
Le Parnasse a bien fait de n’avoir qu’un cheval :