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DIALOGUE.
Pouvons-nous rien qjouter à ces traits, sinon i’accueil, les attentionsnobles et délicates, les fêtes, les présents, les bienfaits, que reçurent lesprisonniers turcs dans Pélersbourg, d’une impératrice qui leur ensei-gnait la guerre, la politesse, et la générosité ?
Nous ne voyons point de telles leçons dans Grotius. Il vous dit bien,dans son chapitre du Droit de ravager, que ies Juifs étaient obligésde ravager au nom du Seigneur; mais il ne trouve chez le peuple saintaucun trait qui ressemble aux exemples profanes que nous venons derapporter.
Voilà donc le dictame que l’humanité des grands cœurs répand surles maux que fait la guerre : mais ces consolations divines nous démon-trent que la guerre est infernale (1775).
DIALOGUE DE PÉGASE ET DU VIEILLARD.
1774.
PÉGASE.
Que fais-tu clans ces champs, au coin d’une masure ?
LE VIEILLARD.
J’exerce un art utile, et je sers la nature ;
Je défriche un désert, je sème, et je bâtis a ,
PÉGASE.
Que je vois en pitié tes sens appesantis !
Que tes goûts sont changés, et que l’âge te glace !
Ne reconnais-tu plus ton coursier du Parnasse ?
Monte-moi.
LE VIEILLARD.
Je ne puis. Notre maître Apollon,
Comme moi, dans son temps fut berger et maçon.
PÉGASE.
Oui ; mais, rendu bientôt à sa grandeur première,
Dans les plaines du ciel il sema la lumière ;
Il reprit sa guitare ; il lit de nouveaux vers ;
Des filles de Mémoire il régla les concerts.
Imite en tout le dieu dont tu cites l’exemple :
Les doctes sœurs encor pourraient t’ouvrir leur temple;