NOTES.
* En effet, notre auteur a défriché quelques terrains plus rebelles queceux des plus mauvaises landes de Bordeaux et de la Champagne pouil-leuse, et ils ont produit le plus beau froment; mais ces tentatives très-longues et très-dispendieuses ne peuvent être imitées par des colons. 11faudrait que le gouvernement s’en chargeât, qu’il recommandât ce tra-vail immense à un intendant, l’intendant à un subdélégué, et qu’on fitvenir de la cavalerie sur les lieux (1775).
b Martin Fréron; Martin n’est pas son nom de baptême, ce n’est queson nom de guerre. Il s’est déchaîné, dit-on, pendant vingt ans contrel’auteur de ce dialogue, pour faire vendre ses feuilles. « Qua mensura« raensi fueritis, eadem remetietur vobis- » Il s’est attiré VÉcossaise,et nous en sommes bien fâchés (1775).
c L’abbé Sabotier ou Sabatier, natif de Castres, ne s’est pas exercédans les mêmes genres que le chantre de Henri IV, et le peintre quia dessiné le Siècle de Louis XIV et de Louis XV; ainsi il ne peutêtre son rival. S’il s’était adonné aux mêmes études, il aurait été sonmaître.
Cet abbé avait fait, en 1771, un dictionnaire de littérature, dans lequelil prodiguait des éloges outrés : il ne se vendit point. Mais il en fit unautre, en 1772, intitulé les Trois Siècles, dans lequel il prodiguait descalomnies, et il se vendit. Il insulta MM. Dalembert, de Saint-Lambert,Marmontel, Thomas, Diderot, Beauzée, la Harpe, Delille, et vingtautres gens de lettres vivants, dont il faudrait respecter la mémoire s’ilsétaient morts.
Mais celui que MM. Sabotier et Clément ont déchiré avec l’acharne-ment le plus emporté est un vieillard de quatre-vingts ans qui ne pou-vait pas se défendre.
Il est permis, il est utile de dire son sentiment sur des ouvrages, sur-tout quand on le motive par des raisons solides, ou du moins sédui-santes. S’il ne s’agissait que de littérature, nous dirions qu’il est très-injuste d’accuser l’auteur de la Henriade et du Siècle de Louis XIV,occupé de célébrer la gloire des grands hommes de ce siècle, de neleur avoir pas rendu justice. Nous dirions que personne n’a parlé avecplus de sensibilité des admirables scènes de Corneille, de la perfectiondésespérante du style de Racine (comme s’exprime M. de la Harpe),de la perfection non moins désespérante de VArt poétique, et de plu-sieurs belles épitres de Boileau.
Nous dirions que sa liste des grands écrivains de ce siècle mémorableoontient VÉloge raisonné de l’inimitable Molière, qu’il regarde commesupérieur à tous les comiques de l’antiquité; celui de la Fontaine, qui asurpassé Phèdre par sa naïveté et par ses grâces; celui de Quinault,qui n’eut ni modèles ni rivaux dans ses opéras. Nous dirions qu’il a rendudes hommages aux Bossuet, aux Fénelon, à tous les hommes de génie,a tous les savants.
Nous ajouterions qu’il aurait été indigne d’apprécier leurs extrêmebeautés, s’il n’avait pas connu leurs fautes, inséparables de la faiblessehumaine; que c’eût été une grande impertinence de mettre sur le mêmerang Cinna et Pcrtkarite, Polycucte et Théodore, et d’admirer égale-