NOTES.
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ment les excellentes fables de la Fontaine, et celles qui sont moins heu-reuses. 11 faut plus encore; il faut savoir discerner dans le même ou-vrage une beauté au milieu des défauts, et un vice de langage, unmanque de justesse dans les pensées les plus sublimes : ('.'est en quoiconsiste le goût. Et nous pourrions assurer que l’auteur du Siècle deLouis XIV, après soixante ans de travaux, était peut-être alors aussien droit de dire son avis que l’est aujourd’hui M. Sabotier.
Mais il s’agit ici d’accusations plus importantes. C’est peu que cet abbé,dans l’espérance de plaire à ses supérieurs, dont il ignore l’équité et lediscernement, impute à cent littérateurs de nos jours des sentimentsodieux : il a la cruauté de les appeler indèvols, impies. 11 dit en propresmots que l’auteur de la Henriade nie l’immortalité de l’dme. C’était bienassez de lui ravir l’immortalité d ’Alzire, de Zaïre, de Mérope, dontnous sommes certains qu’il est peu jaloux, et dont il ne prend point leparti. Il est trop dur de dépouiller une àme de quatre-vingts ans de laseule vie qui puisse lui rester dans le temps à venir. Ce procédé est in-juste et maladroit, et d’autant plus maladroit qu’il nous met dans lanécessité de révéler quelle est l’âme de l’abbé dans le temps présent.
Nous l’avons vu et lu, et nous le tenons entre nos mains, le Spinosacommenté , expliqué, éclairci, embelli, écrit tout entier de la main deM. l’abbé Sabotier, natif de Castres ; et nous déposerons ce monumentchez un notaire ou chez un greffier, dès qu’il nous en aura donné la per-mission ; car nous ne voulons pas disposer d’un tel écrit sans l’aveu d«l’auteur. C’est un égard que nous nous devons les uns aux autres.
Pour les poésies légères de ce grand critique et de ce grand mission-naire, nous en userons un peu plus librement. Voici les preuves de lapiété de cet abbé, qui est si peu indulgent pour les péchés de son pro-chain; voici les preuves du bon goût de celui qui trouve les vers de MM.de Saint-Lambert, Delille, de la Harpe, si mauvais :
En sortant de la prison où ses mœurs respectables l’avaient fait ren-fermer à Strasbourg, il s’amusa, pour se dissiper, à faire un conte in-titulé le ... mauvais lieu. Ce conte commence ainsi; et remarquez bienque nous l’avons écrit de la même main que le Spinosa.
Pu temps que la dame ChrisTenait école florissanteDe jeux d’ainour à juste prix,
D’une écolière assez savanteSur les bords de la Seine un jour le pied glissa :
La chose assurément n’était pas merveilleuse,
Mais la chute dans l’eau n’était pas périlleuse,
Lorsqu’un mousquetaire passa.
11 crut que ce serait une perte publiqueQue la perte de tant d’appas ;
Aussi, plein d’ardeur héroïque,
Mit-il, sans hésiter, chemise et pourpoint bas, etc.
Nous épargnons, sans hésiter, aux yeux de nos chastes lecteurs, fasuite de ce morceau délicat. Ce n’est qu’un échantillon de l’élégantepoésie de M. l’abbé des Trois Siècles.
Nous lui demandons bien pardon de publier un autre morceau desa prose, bien plus touchant et bien plus décisif (et toujours d« samain, et signé Sabotier de Castres) :