LE TEMPS PRESENT.
I
Ce Voltaire mourant qui radote et qui rime,
Qu’un fripon persécute, et qui dans son hameauRit encor des Frérons au bord de son tombeau.
Songez à vous, amis ; contemplez les misèresQu’accumulent sur vous des brigands mercenaires,Subalternes tyrans munis d’un parchemin,
Ravissant les épis qu’a semés votre main,
Vous traînant aux cachots, à la rame, aux corvées ;Tandis que de leurs pleurs vos femmes abreuvéesPressent en vain vos fils mourants entre leurs bras.Travaillez, succombez, invoquez le trépas,
Mourez sur un fumier, le seul bien qui vous reste :
Ou, si vous survivez à cet état funeste,
Sous l’horrible débris de vos toits écrasés,
Sans vêtements, sans pain, dansez, si vous l’osez. »
A peine eus-je parlé, mille voix éclatèrent ;
Jusqu’aux bords étrangers les échos répétèrentCe temps affreux n'est plus; on a brisé nos fers a .
Justement étonné de ces nouveaux concerts :
« Quel Hercule, disais-je, a fait cfe grand ouvrage?
Quel dieu vous a sauvés ? » On répond : « C’est un sage. »« Un sage! Ah, juste ciel ! à ce nom je frémis.
Un sage ! il est perdu : c’en est fait, mes amis.
Ne les voyez-vous pas ces monstres scolastiques,
Ces partisans grossiers des erreurs tyranniques,
Ces superstitieux qu’on vit dans tous les tempsDu vrai qui les irrite ennemis si constants,
Rassemblant les poisons dont leur troupe est pourvue ?Socrate est seul contre eux, et je crains la ciguë. »
Dans mon profond chagrin je restais éperdu :
Je plaignais le génie, et surtout la vertu.
Ariston mon ami b survint dans mes bocages,
Que j’avais attristés par ces sombres images.
On connaît Ariston, ce philosophe humain,
Dédaignant les grandeurs qui lui tendaient la main,