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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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ÉPÎTHES.

Fît aux Grecs assemblés admirer sa valeur.

Il est un prix plus noble, une gloire plus belle,

Que la vertu mérite, et qui marche après elle :

Un cœur juste et sincère est plus grand, à nos yeux,Que tous ces conquérants que lon prit pour des dieux.Eh ! que sont en effet le rang et la naissance,

La gloire des lauriers, léclat de la puissance,

Sans le flatteur plaisir de se voir estimé,

De sentir quon est juste, et que lon est aimé ;

De se plaire à soi-même, en forçant nos suffrages ;Dêtre chéri des bons, dêtre approuvé des sages?

Ce sont les vrais biens, seuls dignes de ton choix,Indépendants du sort, indépendants des rois.

Un grand, bouffi dorgueil, enivré de délices,

Croit que le monde entier doit honorer ses vices.

Parmi les vains plaisirs lun à lautre enchaînés,

Et dun remords secret sans cesse empoisonnés,

Il voit dadulateurs une foule empresséeLui porter de leurs soins loffrande intéressée.Quelquefois au mérite amené devant lui,

Sa voix, par vanité, daigne offrir un appui ;

De cette cour nombreuse il fait en vain parade ;

Il ne voit point chez lui Villars ni la Feuillade,

Pour lui de Liancourt laccès nest point permis,

Sully ni Villeroy ne sont point ses amis.

Cest à de tels esprits quil importe de plaire,

Ce sont eux dont les yeux éclairent le vulgaire ;Quiconque a le cœur juste est par eux approuvé,

Et peut aux yeux de tous marcher le front levé :

Chacun dans leur vertu se propose un modèle ;

Le vice la respecte et tremble devant elle.

La cour, toujours fertile en fourbes ténébreux,

Porte aussi dans son sein de ces cœurs généreux.

Tout nest pas infecté de la rouille des vices :

Rome avait des Burrhus ainsi que des Narcisses ;