198
ÉPÎTBES.
Quel est ce dieu de qui l’art enchanteurVous a donné votre gloire suprême ;
Le tendre Amour me l’a conté lui-même.
On me dira que l’Amour est menteur.
Hélas! je sais qu’il faut qu’on s’en défie :
Qui mieux que moi connaît sa perfidie ?
Qui souffre plus de sa déloyauté ?
Je ne croirai cet enfant de ma vie ;
Mais cette fois il a dit vérité.
Ce même Amour, Vénus, et Melpomène,Loin de Paris fesaient voyage un jour;
Ces dieux charmants vinrent dans ce séjourOù vos appas éclataient sur la scène :
Chacun des trois, avec étonnement,
Vit cette grâce et simple et naturelle,
Qui fesait lors votre unique ornement.
« Ah! dirent-ils, cette jeune mortelleMérite bien que, sans retardement,
Nous répandions tous nos trésors sur elle. »
Ce qu’un dieu veut se fait dans le moment.
Tout aussitôt la tragique déesseVous inspira le goût, le sentiment,
Le pathétique, et la délicatesse.
« Moi, dit Vénus, je lui fais un présentPlus précieux, et c’est le don de plaire :
Elle accroîtra l’empire de Cythère ;
A son aspect tout cœur sera troublé ;
Tous les esprits viendront lui rendre hommage.« Moi, dit l’Amour, je ferai davantage ;
Je veux qu’elle aime. » A peine eut-il parlé,Que dans l’instant vous devîntes parfaite ;
Sans aucuns soins, sans étude, sans fard ,
Des passions vous fûtes l’interprète.
O de l’Amour adorable sujette,
N’oubliez point le secret de votre art.