A M. FALLU.
A Plombières, auguste 1729.
Du fond de cet antre pierreux,
Entre deux montagnes cornues,
Sous un ciel noir et pluvieux,
Où les tonnerres orageuxSont portés sur d’épaisses nues,
Près d’un bain chaud toujours crotté,
Plein d’une eau qui fume et bouillonne,
Où tout malade empaqueté,
Et tout hypocondre entêté ,
Qui sur son mal toujours raisonne,
Se baigne, s’enfume, et se domieLa question pour la santé ;
Où l’espoir ne quitte personne :
De cet antre où je vois venirD’impotentes sempiternellesQui toutes pensent rajeunir,
Un petit nombre de pucelles,
Mais un beaucoup plus grand de cellesQui voudraient le redevenir ;
Où par le coche on nous amèneDe vieux citadins de Nanci,
Et des moines de Commerci,
Avec l’attribut de Lorraine 1 ,
Que nous rapporterons d’ici :
De ces lieux, où l’ennui foisonne,
J’ose encore écrire à Paris.
Malgré Phébus qui m’abandonne,
J’invoque l’Amour et les Ris ;
Ils connaissent peu ma personne ;
Mais c’est à Pallu que j’écris :
1 Yoyez Pantagruel, liv. II, chap, i ; et liv. III, chap. VW.