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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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ÉPÎTKES.

A M. LE COMTE ALGAROTTI.

17 35 .

Lorsque ce grand courrier de la philosophie,

Condamine lobservateur a ,

De lAfrique au Pérou conduit par Uranie,

Par la gloire, et par la manie,

Sen va griller sous léquateur,

Maupertuis et Clairaut, dans leur docte fureur,

Vont geler au pôle du monde.

Je les vois dun degré mesurer la longueur,

Pour ôter au peuple rimeurCe beau nom de machine ronde,

Que nos flasques auteurs , en chevillant leurs vers,Donnaient à laventure à ce plat univers.

Les astres étonnés, dans leur oblique course,

Le grand, le petit Chien, et le Cheval, et lOurse,

Se disent lun à lautre, en langage des cieux :

« Certes, ces gens sont fous, ou ces gens sont des dieux. »

Et vous, Algarotti b , vous, cygne de Padoue,

Élève harmonieux du cygne de Mantoue,

Vous allez donc aussi, sous le ciel des frimas,

Porter, en grelottant, la lyre et le compas,

Et, sur des monts glacés traçant des parallèles,

Faire entendre aux Lapons vos chansons immortelles?

Allez donc ; et du pôle observé, mesuré,

Revenez aux Français apporter des nouvelles.

Cependant je vous attendrai,

Tranquille admirateur de votre astronomie,

Sous mon méridien, dans les champs de Cirey,Nobservant désormais que lastre dÉmilie.

Échauffé par le feu de son puissant génie,

Et par sa lumière éclairé,

Sur ma lyre je chanterai