EPÏTBES.
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S’il sourit, tout est gai ; s’il est triste, on frémit.
Quoi ! régir d’un coup d’œil une foule servile,
Est-ce un poids si pesant, un art si difficile?
Non : mais fouler aux pieds la coupe de l’erreur,
Dont veut vous enivrer un ennemi flatteur,
Des prélats courtisans confondre l’artifice,
Aux organes des lois enseigner la justice ;
Du séjour doctoral chassant l’absurdité,
Dans son sein ténébreux placer la vérité,
Éclairer le savant, et soutenir le sage,
Voilà ce que j’admire, et c’est là votre ouvrage.L’ignorance, en un mot, flétrit toute grandeur.
Du dernier roi d’Espagne a un grave ambassadeurDe deux savants anglais reçut une prière ;
Ils voulaient, dans l’école apportant la lumière,
De l’air qu’un long cristal enferme en sa hauteur,
Aller au haut d’un mont marquer la pesanteur \
Il pouvait les aider dans ce savant voyage;
Il les prit pour des fous : lui seul était peu sage.
Que dirai-je d’un pape et de sept cardinaux 1 2 ,
D’un zèle apostolique unissant les travaux,
Pour apprendre aux humains, dans leurs augustes codes.Que c’était un péché de croire aux antipodes ?
Combien de souverains, chrétiens, et musulmans,
Ont tremblé d’une éclipse, ont craint des talismans !
Tout monarque indolent, dédaigneux de s’instruire,
Est le jouet honteux de qui veut le séduire.
Un astrologue, un moine, un chimiste effronté,
Se font un revenu de sa crédulité.
Il prodigue au dernier son or par avarice ;
Il demande au premier si Saturne propice,
D’un aspect fortuné regardant le soleil,
L’appelle à table, au lit, à la chasse, au conseil ;
1 Le baromètre.
2 Le pape Zacharie, gui régna de 741 à 752.
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