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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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ÉPÎTItES.

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Attroupent un vain peuple au pied de leurs théâtres.Lhonnête homme est plus juste, il approuve en autruiLes arts et les talents quil ne sent point en lui.

Jadis avant que Dieu, consommant son ouvrage,

Eût dun souffle de vie animé son image,

Il se plut à créer des animaux divers :

Laigle, au regard perçant, pour régner dans les airs,Le paon, pour étaler liris de son plumage ;

Le coursier, pour servir ; le loup, pour le carnage ;

Le chien, fidèle et prompt; lâne, docile et lent,

Et le taureau farouche, et lanimal hélant ;

Le chantre des forêts ; la douce tourterelle,

Quon a cru faussement des amants le modèle :Lhomme les nomma tous ; et, par un heureux choix,Discernant leurs instincts, assigna leurs emplois.

On compte que lépoux de la célèbre Hortense aSignala plaisamment sa sainte extravagance :

Craignant de faire un choix par sa faible raison,

Il tirait aux trois dés les rangs de sa maison.

Le sort, dun postillon, fesait un secrétaire,

Son cocher étonné devint homme daffaire ;

Un docteur hibernois, son très-digne aumônier,

Rendit grâce au destin qui le fit cuisinier.

On a vu quelquefois des choix assez bizarres.

Il est beaucoup demplois, mais les talents sont rares.Si dans Rome avilie un empereur brutalDes faisceaux dun consul honora son cheval,

Il fut cent fois moins fou que ceux dont limprudenceDans dindignes mortels a mis sa confiance.

Lignorant a porté la robe de Cujas ;

La mitre a décoré des têtes de Midas ;

Et tel au gouvernail a présidé sans peine,

Qui, la rame à la main, dut servir à la chaîne.

Le mérite est caché. Qui sait si de nos temps

11 nest point, quoi quon dise, encor quelques talents ?