ÉPÎTItES.
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Attroupent un vain peuple au pied de leurs théâtres.L’honnête homme est plus juste, il approuve en autruiLes arts et les talents qu’il ne sent point en lui.
Jadis avant que Dieu, consommant son ouvrage,
Eût d’un souffle de vie animé son image,
Il se plut à créer des animaux divers :
L’aigle, au regard perçant, pour régner dans les airs,Le paon, pour étaler l’iris de son plumage ;
Le coursier, pour servir ; le loup, pour le carnage ;
Le chien, fidèle et prompt; l’âne, docile et lent,
Et le taureau farouche, et l’animal hélant ;
Le chantre des forêts ; la douce tourterelle,
Qu’on a cru faussement des amants le modèle :L’homme les nomma tous ; et, par un heureux choix,Discernant leurs instincts, assigna leurs emplois.
On compte que l’époux de la célèbre Hortense aSignala plaisamment sa sainte extravagance :
Craignant de faire un choix par sa faible raison,
Il tirait aux trois dés les rangs de sa maison.
Le sort, d’un postillon, fesait un secrétaire,
Son cocher étonné devint homme d’affaire ;
Un docteur hibernois, son très-digne aumônier,
Rendit grâce au destin qui le fit cuisinier.
On a vu quelquefois des choix assez bizarres.
Il est beaucoup d’emplois, mais les talents sont rares.Si dans Rome avilie un empereur brutalDes faisceaux d’un consul honora son cheval,
Il fut cent fois moins fou que ceux dont l’imprudenceDans d’indignes mortels a mis sa confiance.
L’ignorant a porté la robe de Cujas ;
La mitre a décoré des têtes de Midas ;
Et tel au gouvernail a présidé sans peine,
Qui, la rame à la main, dut servir à la chaîne.
Le mérite est caché. Qui sait si de nos temps
11 n’est point, quoi qu’on dise, encor quelques talents ?