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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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252 ÉPÎTllES.

Ce tourbillon quon appelle le mondeEst si frivole, en tant derreurs abonde,

Quil nest permis den aimer le fracasQuà létourdi qui ne le connaît pas.

Après dîné, lindolente GlycèreSort pour sortir, sans avoir rien à faire :

On a conduit son insipiditéAu fond dun char,, montant de côté,

Son corps pressé gémit sous les barrièresDun lourd panier qui flotte aux deux portières.Chez son amie au grand trot elle va,

Monte avec joie, et sen repent déjà,

Lembrasse, et bâille ; et puis lui dit : « Madame,Japporte ici tout lennui de mon âme :

Joignez un peu votre inutilitéA ce fardeau de mon oisiveté. »

Si ce ne sont ses paroles expresses,

Cen est le sens. Quelques feintes caresses ,Quelques propos sur le jeu, sur le temps ,

Sur un sermon, sur le prix des rubans,

Ont épuisé leurs âmes excédées :

Elles chantaient déjà, faute didées;

Dans le néant leur cœur est absorbé,

Quand dans la chambre entre monsieur labbé,Fade plaisant, galant escroc, et prêtre,

Et du logis pour quelques mois le maître.

Vient à la piste un fat en manteau noir,

Qui se rengorge et se lorgne au miroir.

Nos deux pédants sont tous deux sûrs de plaire;Un officier arrive, et les fait taire,

Prend la parole, et conte longuementCe quà Plaisance eût fait son régiment,

Si par malheur on neût pas fait retraite.

Il vous le mène au col de la Bouquette ;

A Nice, au Var, à Digne il le conduit ;