ÉPÎTKES.
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Nul ne l’écoute, et le cruel poursuit.
Arrive Isis, dévote au maintien triste,
A l’air sournois : un petit janséniste,
Tout plein d’orgueil et de saint Augustin,Entre avec elle, en lui serrant la main.
D’autres oiseaux de différent plumage,Divers de goût, d’instinct, et de ramage,
En sautillant font entendre à la foisLe gazouillis de leurs confuses voix ;
Et dans les cris de la folle cohueLa médisance est à peine entendue.
Ce chamaillis de cent propos croisésRessemble aux vents l’un à l’autre opposés.
Un profond calme, un stupide silenceSuccède au bruit de leur impertinence ;
Chacun redoute un honnête entretien :
On veut penser, et l’on ne pense rien.
O roi David ! ô ressource assurée!
Viens ranimer leur langueur désœuvrée ;Grand roi David, c’est toi dont les sizains aFixent l’esprit et le goût des humains.
Sur un tapis dès qu’on te voit paraître,
Noble, bourgeois, clerc, prélat, petit-maître,Femme surtout, chacun met son espoirDans tes cartons peints de rouge et de noir.Leur âme vide est du moins amuséePar l’avarice en plaisir déguisée.
De ces exploits le beau monde occupéQuitte à la fin le jeu pour le soupé ;
Chaque convive en liberté déploieA son voisin son insipide joie.
L’homme machine, esprit qui tient du corps,En bien mangeant remonte ses ressorts :
Avec le sang l’âme se renouvelle,
Et l’estomac gouverne la cervelle.
VOLTAIRE.
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