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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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ÉPÎT11ES.

2G r,

Chez vous brille eu plus rlun écrit,Avec les trois Grâces dHomère.

AU ROI DE PRUSSE 1 .

Biaise Pascal a tort, il en faut convenir ;

Ce pieux misanthrope, Héraclite sublime,

Qui pense quici-bas tout est misère et crime,

Hans ses tristes accès ose nous maintenir

Quun roi que lon amuse, et même un roi quon aime,

Dès quil nest plus environné,

Dès quil est réduit à lui-même,

Est de tous les mortels le plus infortuné 2 .

Il est le plus heureux, sil soccupe et sil pense.

Vous le prouvez très-bien ; car, loin de votre cour,

En hibou fort souvent renfermé tout le jour,

Vous percez dun œil daigle en cet abîme immenseQue la philosophie offre à nos faibles yeux ;

Et votre esprit laborieux,

Qui sait tout observer, tout orner, tout connaître,

Qui se connaît lui-même, et qui nen vaut que mieux,

Par ce mâle exercice augmente encor son être.

Travailler est le lot et lhonneur dun mortel.

Le repos est, dit-on, le partage du ciel.

Je nen crois rien du tout : quel bien imaginaireDêtre les bras croisés pendant léternité !

Est-ce dans le néant quest la félicité?

Dieu serait malheureux sil navait rien à faire ;

Il est dautant plus Dieu quil est plus agissant.

Toujours, ainsi que vous, il produit quelque ouvrage :

On prétend quil fait plus , on dit quil se repent.

Il préside au scrutin qui, dans le Vatican,

Met sur un front ridé la coiffe à triple étage.

1 Cette pièce est de 1751. On la imprimée souvent avec le titre desDeux tonneaux. K.

2 Voyez les Pensées de Pascal, I re part., art. vu, n° i. ( Beuchot.)

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