lïPÎTRÉS.
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Le sentiment, n’est point encore assez ;
Vous nous rendez ces prodiges d’AthèneQue le génie étalait sur la scène.
Quand dans les arts de l’esprit et du goûtOn est sublime, on est égal à tout.
Que dis-je ? on règne, et d’un peuple fidèleOn est chéri, surtout si l’on est belle.
O ma Daphné ! qu’un destin si flatteurEst différent du destin d’un auteur !
Je crois vous voir sur ce brillant théâtreOù tout Paris a , de votre art idolâtre,
Porte en tribut son esprit et son cœur.
Vous récitez des vers plats et sans grâce,
Vous leur donnez la force et la douceur ;
D’un froid récit vous réchauffez la glace ;
Les contre-sens deviennent des raisons.
Vous exprimez par vos sublimes sons,
Par vos beaux yeux, ce que l’auteur veut dire ;Vous lui donnez tout ce qu’il croit avoir ;
Vous exercez un magique pouvoirQui fait aimer ce qu’on ne saurait lire.
On bat des mains, et l’auteur ébaudiSe remercie, et pense être applaudi.
La toile tombe, alors le charme cesse.
Le spectateur apportait des présentsAssez communs de sifflets et d’encens ;
Il fait deux lots quand il sort de l’ivresse,
L’un pour l’auteur, l’autre pour son appui :L’encens pour vous, et les sifflets pour lui.
Vous cependant, au doux bruit (fes élogesQui vont pleuvant de l’orchestre et des loges,Marchant en reine, et traînant après vousVingt courtisans l’un de l’autre jaloux,
Vous admettez près de votre toiletteDu noble essaim la cohue indiscrète.