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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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ÉPÎTRES.

Lun dans la main vous glisse un billet doux ;

Lautre à Passy b vous propose une fête ;

Josse avec vous veut souper tête à tête ;

Candale y soupe, et rit tout haut deux tous.

On vous entoure, on vous presse, on vous lasse.

Le pauvre auteur est tapi dans un coin,

Se fait petit, tient à peine une place.

Certain marquis, lapercevant de loin,

Dit : « Ah ! cest vous ; bonjour, monsieur Pancrace 1Bonjour : vraiment, votre pièce a du bon. »

Pancrace fait révérence profonde,

Bégaie un mot, à quoi nul ne répond,

Puis se retire, et se croit du beau monde.

Un intendant des plaisirs dits menus,

Chez qui les arts sont toujours bien venus,

Grand connaisseur, et pour vous plein de zèle,

Vous avertit que la pièce nouvelleAura lhonneur de paraître à la cour.

Vous arrivez, conduite par lAmour :

On vous présente à la reine, aux princesses,

Aux vieux seigneurs , qui, dans leurs vieux propos,Vont regrettant le chant de la Duclos.

Vous recevez compliments et caresses ;

Chacun accourt, chacun dit : « La voilà ! »

De tous les yeux vous êtes remarquée ;

De mille mains on vous verrait claquéeDans le salon, si le roi nétait.

Pancrace suit : un gros huissier lui fermeLa porte au nez ; il reste comme un terme,

La bouche ouverte et le front interdit :

Tel que le Franc, qui, tout brillant de gloire,

Ayant en cour présenté son mémoire,

Crève à la fois dorgueil et de dépit.

1 Colardeau, auteur dune tragédie de Caliste.