Buch 
Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
Entstehung
Seite
281
JPEG-Download
 

Él'ÎTliES.

281

Et qu’on 11 e doit pas moins, pour le soutien du trône,

A la faux de Cérès qu’au sabre de Bellone.

J’aime assez saint Benoît : il prétendit du moins kQue ses enfants tondus, chargés d’utiles soins,

Méritassent de vivre en guidant la charrue,

En creusant des canaux, en défrichant des bois.

Mais je suis peu content du bon homme François c ;

11 crut qu’un vrai chrétien doit gueuser dans la rue,

Et voulut que ses fils, robustes fainéants,

Fissent serment à Dieu de vivre à nos dépens.

Dieu veut que l’on travaille et que l’on s’évertue ;

Et le sot mari d’Ève, au paradis d’Éden,

Reçut un ordre exprès d’arranger son jardin A .

C’est la première loi donnée au premier homme 1 ,

Avant qu’il eût mangé la moitié de sa pomme.

Mais ne détournons point nos mains et nos regardsNi des autres emplois, ni surtout des beaux-arts.

Il est des temps pour tout ; et lorsqu’en mes vallées,Qu’entoure un long amas de montagnes pelées,

De quelques malheureux ma main sèche les pleurs,

Sur la scène, à Paris, j’en fais verser peut-être ;

Dans Versaille étonné j’attendris de grands cœurs ;

Et, sans croire approcher de Racine, mon maître,Quelquefois je peux plaire, à l’aide de Clairon.

Au fond de son bourbier je fais rentrer Fréron.

L’archidiacre Truhlet prétend que je l’ennuie ;

La représaille est juste; et je sais à proposConfondre les pervers, et me moquer des sots.

En vain sur son crédit un délateur s’appuie :

1 Celte épitre ayant fait beaucoup de bruit, la reine désira la lire;mais pour ménager la susceptibilité de cette princesse, Dalembert corri-gea ainsi deux vers :

Et le don mari d’Ève, au paradis d’Éden...

Avant qu’il eût goûté de la fatale pomme.

« Ce qui est bien plat, dit il; mais cela est encore trop bon pour Ver-sailles. >. Note de M. Bouchot.

24.