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ÉPÎTHES.
L’empire de Neptune a vu moins de naufragesQue le Permesse d’Apollon.
Tu vogueras peut-être à ces climats sauvagesQue Jean-Jacque a vantés dans son nouveau jargon.Va débarquer sur ces rivagesPatouillet, Nonotte, et Fréron;
A moins qu’aux chantiers de ToulonIls ne servent le roi noblement et sans gages.
Mais non, ton sort t’appelle aux dunes d’Albion.Tu verras, dans les champs qu’arrose la Tamise ;La Liberté superbe auprès du trône assise :
Le chapeau qui la couvre est orné de lauriers ;
Et, malgré ses partis, sa fougue, et sa licence,
Elle tient dans ses mains la corne d’abondanceEt les étendards des guerriers.
Sois certain que Paris ne s’informera guèreSi tu vogues vers Smyrne où l’on vit naître Homère,Ou si ton breton nautonierTe conduit près de Naple, en ce séjour fertileQui fait bien plus de cas du sang de saint JanvierQue de la cendre de Virgile.
Ne va point sur le Tibre : il n’est plus de talents,Plus de héros, plus de grand homme ;Chez ce peuple de conquérantsIl est un pape, et plus de Rome.
Va plutôt vers ces monts qu’autrefois séparaLe redoutable fils d’Alcmène,
Qui dompta les lions, sous qui l’hydre expira,
Et qui des dieux jaloux brava toujours la haine.
Tu verras en Espagne un Alcide nouveau 6 ,Vainqueur d’une hydre plus fatale,
Des superstitions déchirant le bandeau,
Plongeant dans la nuit du tombeauDe l’Inquisition la puissance infernale.