ÉPÎÏHES. 295
Dis-lui qu’il est en France un mortel qui l’égale ;
Car tu parles, sans doute, ainsi que le vaisseauQui transporta dans la Coleliide
Les deux jumeaux divins, Jason, Orphée, Alcide.
Baptisé sous mon nom, tu parles hardiment :
Que ne diras-tu point des énormes sottises
Que mes chers Français ont commisesSur l’un et sur l’autre élément !
Tu brûles de partir : attends, demeure, arrête :
Je prétends m’embarquer, attends-moi, je te joins.
Libre de passions, et d’erreurs, et de soins,
J’ai su de mon asile écarter la tempête :
Mais dans mes prés fleuris, dans mes sombres forêts,
Dans l’abondance, et dans la paix,
Mon âme est encore inquiète ;
Des méchants et des sots je suis encor trop près :
Les cris des malheureux percent dans ma retraite.
Enfin le mauvais goût qui domine aujourd’huiDéshonore trop ma patrie.
Hier on m’apporta, pour combler mon ennui,
Le Tacite de la Blétrie.
Je n’y tiens point, je pars, et j’ai trop différé.
Ainsi je m’occupais, sans suite et sans méthode,
De ces pensers divers où j’étais égaré,
Comme tout solitaire à lui-même livré,
Ou comme un fou qui fait une ode,
Quand Minerve, tirant les rideaux de mon lit,
Avec l’aube du jour m’apparut, et me dit :
« Tu trouveras partout la même impertinence ;
Les ennuyeux et les perversComposent ce vaste univers :
Le monde est fait comme la France. »
Je me rendis à la raison :
Et, sans plus m’affliger des sottises du monde,