ÉPÎTUES.
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Parmi les factions ardents à se jeter,
Ils condamnaient le pape, et voulaient l’imiter.L’Europe par eux tous fut long-temps désolée ;
Ils ont troublé la terre, et je Fai consolée.
J’ai dit aux disputants l’un sur l’autre acharnés :
« Cessez, impertinents ; cessez, infortunés ;
Très sots enfants de Dieu, chérissez-vous en frères,
Et ne vous mordez plus pour d’absurdes chimères. »Les gens de bien m’ont cru : les fripons écrasésEn ont poussé des cris du sage méprisés ;
Et dans l’Europe enfin l’heureux tolérantismeDe tout esprit bien fait devient le catéchisme.
Je vois venir de loin ces temps, ces jours sereins,
Où la philosophie, éclairant les humains,
Doit les conduire en paix aux pieds du commun maître ;Le fanatisme affreux tremblera d’y paraître :
On aura moins de dogme avec plus de vertu.
Si quelqu’un d’un emploi veut être revêtu,
Il n’amènera plus deux témoins à sa suite bJurer quelle est sa foi, mais quelle est sa conduite.
A l’attrayante sœur d’un gros bénéficierUn amant huguenot pourra se marier;
Des trésors de Lorette, amassés pour Marie,
On verra l’indigence habillée et nourrie ;
Les enfants de Sara , que nous traitons de chiens,Mangeront du jambon fumé par des chrétiens.
Le Turc, sans s’informer si l’iman lui pardonne.
Chez l’abbé Tamponet ira boire en Sorbonne e .
Mes neveux souperont sans rancune et gaiementAvec les héritiers des frères Pompignan ;
Ils pourront pardonner à ce dur la Blétrie dD’avoir coupé trop tôt la trame de ma vie.
Entre les beaux-esprits on verra l’union :
Mais qui pourra jamais souper avec Fréron ?