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ÉPÎTBES.
Si Dieu n’existait pas , il faudrait l’inventer.
Que le sage l’annonce, et que les rois le craignent.
Rois, si vous m’opprimez, si vos grandeurs dédaignentLes pleurs de l’innocent que vous faites couler,
Mon vengeur est au ciel : apprenez à trembler !
Tel est au moins le fruit d’une utile croyance.
Mais toi, raisonneur faux, dont la triste imprudenceDans le chemin du crime ose les rassurer,
De tes beaux arguments quel fruit peux-tu tirer ?
Tes enfants à ta voix seront-ils plus dociles ?
Tes amis, au besoin, plus sûrs et plus utiles ?
Ta femme plus honnête ? et ton nouveau fermier,
Pour ne pas croire en Dieu, va-t-il mieux te payer?...Ah ! laissons aux humains la crainte et l’espérance.
Tu m’objectes en vain l’hypocrite insolenceDe ces fiers charlatans aux honneurs élevés ,
Nourris de nos travaux, de nos pleurs abreuvés ;
Des Césars avilis la grandeur usurpée ;
Un prêtre au Capitole où triompha Pompée ;
Des faquins en sandale, excrément des humains ,Trempant dans notre sang leurs détestables mains ;Cent villes à leur voix couvertes de ruines,
Et de Paris sanglant les horribles matines :
Je connais mieux que toi ces affreux monuments ;
Je les ai sous ma plume exposés cinquante ans.
Mais, de ce fanatisme ennemi formidable,
J’ai fait adorer Dieu quand j’ai vaincu le diable.
Je distinguai toujours de la religionLes malheurs qu’apporta la superstition.
L’Europe m’en sut gré ; vingt têtes couronnéesDaignèrent applaudir mes veilles fortunées,
Tandis que Patouillet m’injuriait en vain.
J’ai fait plus en mon temps que Luther et Calvin.
On les vit opposer, par une erreur fatale,
Les abus aux abus , le scandale au scandale.