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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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331
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NOTES.

33 J

suspens, rien qui vous surprenne, rien qui vous émeuve ; ce n’est qu’uneatrocité longue et plate.

4° La pièce pèche encore par un défaut plus grand, s’il est possible;c’est un amour insipide et inutile entre un fils d’Atrée, nommé Plisthène,et Théodamie, fille de Thieste ; amour postiche qui ne sert qu’à remplirle vide de la pièce.

5° Le style est digne de cette conduite : ce sont des répétitions conti-nuelles du plaisir de la vengeance •

Un ennemi ne peut pardonner une offense ;

Il faut un terme au crime, et non à la vengeance.

Rien ne peut arrêter mes transports furieux.

Tout est prêt, et déjà dans mon cœur furieuxJe goûte le plaisir le plus parfait des dieux ;

Je vais être vengé, Thieste; quelle joie!

La plupart des vers sont obscurs, et ne sont pas français.

Ah! si je vous suis cher, que mon respect extrêmeM’acquitte bien, seigneur, de mon bonheur suprême !

Mon amitié pour vous, par vos maux consacrée,

A semblé redoubler par les rigueurs d’Atrée.

Et bravant, sans respect, et les dieux et son père,

Son cœur pour eux et lui n’a qu’une foi légère :

Mais dût tomber sur mol le plus affreux-courroux,

Je ne saurais trahir ce que je sens pour vous.

Que pour mieux m’obliger à lui percer le flanc,

De sa fille, au refus, U doit verser le sang.

Et je vais, s'il le faut, aux dépens de ma foi,

Prouver à vos beaux yeux ce qu’ils peuvent sur moi.

D’une indigne frayeur je vois ton âme atteinte,

Thieste, chasse-s-en les soupçons et la crainte.

Une pièce écrite ainsi d’un bout à l’autre pourrait-elle réussir? Pourcomble d’impertinence, la pièce finit par ce vers abominable :

Et je jouis enfin du fruit de mes forfaits.

Un tel vers est d’un scélérat ivre. Et remarquez qu’Atrée a ci-devantregardé la vengeance comme une vertu, dans un autre vers non moinsextravagant :

Il faut un terme au crime, et non à la vengeance.

Nous avouons que la Sémiramis du même auteur, son Xerxès , son Ca-tilina, son Triumvirat , sont des pièces encore plus mauvaises, et quetout cela pouvait bien lui mériter le nom de barbare; mais nous ne con-venons pas que son Électre, et surtout son Rhadamiste , méritent le mé-pris profond que Boileau avait pour ces deux tragédies. Le public a dé-cidé qu’il y a de très-belles choses, particulièrement dans Rhadamiste;et quand le public a décidé constamment pendant soixante ans, il nefaut pas en appeler. Si les défauts subsistent, les beautés l’emportent.Boileau fut trop rebuté des défauts. Rhadamiste sera toujours jouée avecon grand succès; et même on verra Électre avec plaisir, malgré l’amour( Jui déligure cette pièce. Il y a dans ces deux ouvrages un fond de tragi-que qui attache le spectateur.

L’abbé de Chaulieu disait que la pièce de Rhadamiste aurait été très-claire, n’cüt été l’exposition. Mais quoique le premier acte soit un peu