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Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
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ÉPÎTRES.

A M. LE MARQUIS DE VILLETTE.

LES ADIEUX DU VIEILLARD.

A Paris, > 778 .

Adieu, mon cher Tibulle, autrefois si volage,

Mais toujours chéri dApollon,

Au Parnasse fêté comme aux bords du Lignon,

Et dont lamour a fait un sage.

Des champs élysiens, adieu, pompeux rivage,

De palais , de jardins, de prodiges bordé,

Quont encore embelli, pour lhonneur de notre âge,

Les enfants dHenri quatre, et ceux du grand Condé.Combien vous menchantiez, Muses, Grâces nouvelles,Dont les talents et les écritsSeraient de tous nos beaux espritsOu la censure ou les modèles !

Que Paris est changé ! les Welches ny sont plus ;

Je nentends plus siffler ces ténébreux reptiles,

Les Tartufes affreux, les insolents Zoïles.

Jai passé ; de la terre ils étaient disparus.

Mes yeux, après trente ans, nont vu quun peuple aimable,Instruit, mais indulgent, doux, vif, et sociable.

Il est pour aimer : lélite des FrançaisEst lexemple du monde, et vaut tous les Anglais.

De la société les douceurs désirées

Dans vingt États puissants sont encore ignorées :

On les goûte à Paris ; cest le premier des arts :

Peuple heureux, il naquit, il règne en vos remparts.

Je marrache en pleurant à son charmant empire ;

Je retourne à ces monts qui menacent les cieux,

A ces antres glacés la nature expire :

Je vous regretterais à la table des dieux.