POESIES DIVERSES.
LA BASTILLE.
1717.
Or ce fut donc par un matin, sans faute,En beau printemps, un jour de Pentecôte,Qu’un bruit étrange en sursaut m’éveilla.
Un mien valet, qui du soir était ivre :
« Maître, dit-il, le Saint-Esprit est là ;
C’est lui sans doute, et j’ai lu dans mon livreQu’avec vacarme il entre chez les gens. »
Et moi de dire alors entre mes dents :
« Gentil puîné de l’essence suprême,
Beau Paraclet, soyez le bienvenu ;N’êtes-vous pas celui qui fait qu’on aime? »En achevant ce discours ingénu,
Je vois paraître au bout de ma ruelle,
Non un pigeon, non une colombelle,
De l’Esprit saint oiseau tendre et fidèle,
Mais vingt corbeaux de rapine affamés,Monstres crochus que l’enfer a formés.
L’un près de moi s’approche en sycophante :Un maintien doux, une démarche lente,
Un ton cafard, un compliment flatteur,Cachent le fiel qui lui ronge le cœur.
« Mon fils, dit-il, la cour sait vos mérites ;
On prise fort les bons mots que vous dites,Vos petits vers, et vos galants écrits ;
Et, comme ici tout travail a son prix,
Le roi, mon fils, plein de reconnaissance,Veut de vos soins vous donner récompenseEt vous accorde, en dépit des rivaux,