LE POUR ET LE CONTRE.
3C3
Étend des soins nouveaux sur cette ville immense,Si vos jours, consacrés au maintien de nos lois,Vous laissaient un moment pour entendre ma voix ;J’oserais, emporté par une heureuse ivresse,
De mon roi bienfesant célébrer la sagesse :
Mais l’éloge est pour lui, malgré son bruit flatteur,La seule vérité qui déplaise à son cœur.
LE POUR ET LE CONTRE.
A MADAME DE RUPELMONDE * 1 .
1722.
Tu veux donc, belle Uranie,
Qu’érigé par ton ordre en Lucrèce nouveau,
Devant toi, d’une main hardie ,
Aux superstitions j’arrache le bandeau ;
Que j’expose à tes yeux le dangereux tableauDes mensonges sacrés dont la terre est remplie,
Et que ma philosophie
T’apprenne à mépriser les horreurs du tombeauEt les terreurs de l’autre vie.
Ne crois point qu’enivré des erreurs de mes sens,
De ma religion blasphémateur profane ,
Je veuille avec dépit dans mes égarementsDétruire en libertin la loi qui les condamne.
Viens, pénètre avec moi, d’un pas respectueux,
Les profondeurs du sanctuaire
1 Madame de Rupelmonde , fille du maréchal d’Alègre, à une àmepleine de candeur et un penchant extrême pour la tendresse joignait,dit Duvernet, une grande incertitude sur ce qu’elle devait croire. Pen-dant le voyage qu’elle fit en Hollande, en 1722, elle déposait dans le seinde Voltaire ses doutes et ses perplexités. Dans la vue de fixer son es-prit incertain, Voltaire fit ce poème, dont le but est de montrer quepour plaire à Dieu, indépendamment de toute croyance, il suffit d’avoirdes vertus.