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LE POUR ET LE CONTRE.
Du Dieu qu’on nous annonce, et qu’on cache à nos yeux.Je veux aimer ce Dieu, je cherche en lui mon père :
On me montre un tyran que nous devons haïr.
Il créa des humains à lui-même semblables,
Afin de les mieux avilir ;
Il nous donna des cœurs coupables,
Pour avoir droit de nous punir ;
Il nous lit aimer le plaisir,
Pour nous mieux tourmenter par des maux effroyables,Qu’un miracle étemel empêche de finir.
Il venait de créer un homme à son image,
On l’en voit soudain repentir,
Comme si l’ouvrier n’avait pas dû sentir
Les défauts de son propre ouvrage.
Aveugle en ses bienfaits, aveugle en son courroux ,
A peine il nous fit naître , il va nous perdre tous.
Il ordonne à la mer de submerger le monde,
Ce monde qu’en six jours il forma du néant.
Peut-être qu’on verra sa sagesse profondeFaire un autre univers plus pur, plus innocent :
Non ; il tire de la poussièreUne race d’affreux brigands,
D’esclaves sans honneur, et de cruels tyrans,
Plus méchante que la première.
Que fera-t-il enfin, quels foudres dévorantsVont sur ces malheureux lancer ses mains sévères ?Va-t-il dans le chaos plonger les éléments ?
Écoutez ; ô prodige ! ô tendresse ! ô mystères !
Il venait de noyer les pères,
Il va mourir pour les enfants.
Il est un peuple obscur, imbécile, volage,
Amateur insensé des superstitions,
Vaincu par ses voisins, rampant dans l’esclavage,
Et l’éternel mépris des autres nations :
Le fils de Dieu, Dieu même, oubliant sa puissance,