Buch 
Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
Entstehung
Seite
364
JPEG-Download
 

364

LE POUR ET LE CONTRE.

Du Dieu quon nous annonce, et quon cache à nos yeux.Je veux aimer ce Dieu, je cherche en lui mon père :

On me montre un tyran que nous devons haïr.

Il créa des humains à lui-même semblables,

Afin de les mieux avilir ;

Il nous donna des cœurs coupables,

Pour avoir droit de nous punir ;

Il nous lit aimer le plaisir,

Pour nous mieux tourmenter par des maux effroyables,Quun miracle étemel empêche de finir.

Il venait de créer un homme à son image,

On len voit soudain repentir,

Comme si louvrier navait pas sentir

Les défauts de son propre ouvrage.

Aveugle en ses bienfaits, aveugle en son courroux ,

A peine il nous fit naître , il va nous perdre tous.

Il ordonne à la mer de submerger le monde,

Ce monde quen six jours il forma du néant.

Peut-être quon verra sa sagesse profondeFaire un autre univers plus pur, plus innocent :

Non ; il tire de la poussièreUne race daffreux brigands,

Desclaves sans honneur, et de cruels tyrans,

Plus méchante que la première.

Que fera-t-il enfin, quels foudres dévorantsVont sur ces malheureux lancer ses mains sévères ?Va-t-il dans le chaos plonger les éléments ?

Écoutez ; ô prodige ! ô tendresse ! ô mystères !

Il venait de noyer les pères,

Il va mourir pour les enfants.

Il est un peuple obscur, imbécile, volage,

Amateur insensé des superstitions,

Vaincu par ses voisins, rampant dans lesclavage,

Et léternel mépris des autres nations :

Le fils de Dieu, Dieu même, oubliant sa puissance,