Buch 
Contes, satires, épîtres : poésies diverses, odes, stances, poésies mêlées, traductions et imitations / par Voltaire
Entstehung
Seite
365
JPEG-Download
 

LJÎ POIIJ! EX LE CONTEE.

3G5

Se fait concitoyen de ce peuple odieux ;

Dans les flancs dune Juive il vient prendre naissance ;

Il rampe sous sa mère, il souffre sous ses yeuxLes infirmités de lenfance.

Longtemps, vil ouvrier, le rabot à la main,

Ses beaux jours sont perdus dans ce lâche exercice ;

11 prêche enfin trois ans le peuple iduméen,

Et périt du dernier supplice.

Son sang du moins, le sang dun Dieu mourant pour nous,Nétait-il pas dun prix assez noble, assez rare,

Pour suffire à parer les coupsQue lenfer jaloux nous prépare ?

Quoi ! Dieu voulut mourir pour le salut de tous,

Et son trépas est inutile !

Quoi ! lon me vantera sa clémence facile,

Quand remontant au ciel il reprend son courroux,

Quand sa main nous replonge aux éternels abîmes,

Et quand, par sa fureur effaçant ses bienfaits,

Ayant versé son sang pour expier nos crimes,

11 nous punit de ceux que nous navons point faits !

Ce Dieu poursuit encore, aveugle en sa colère,

Sur ses derniers enfants lerreur dun premier père ;

Il en demande compte à cent peuples diversAssis dans la nuit du mensonge ;

Il punit au fond des enfersLignorance invincible lui-même il les plonge,

Lui qui veut éclairer et sauver lunivers !

Amérique, vastes contrées ,

Peuples que Dieu fit naître aux portes du soleil,

Vous, nations hyperborées,

Que lerreur entretient dans un si long sommeil,

Serez-vous pour jamais à sa fureur livréesPour navoir pas su quautrefois,

Dans un autre hémisphère, au fond de la Syrie,

Le fils dun charpentier, entante par Marie,

Renié par Céphas, expira sur la croix?

31.