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DE LECCLÉSIASTE.D’espérances mensongères 1Nous vivons préoccupés :
Tous les malheurs de nos pèresNe nous ont point détrompés ;
Nous éprouvons les misèresDont nos fils seront frappés.
Rien de nouveau sur la terre ' :i On verra ce qu’on a vu,
Le droit affreux de la guerre,
Par qui tout est confondu.
Et le vice et la vertu
En butte aux coups du tonnerre.
Le sage et l’imprudent, et le faible, et le fort k ,Tous sont précipités dans les mêmes abîmes ;
Le cœur juste et sans fiel, le cœur pétri de crimes,Tous sont également les vains jouets du sort.
Le même champ nourrit la brebis innocente,
Et le tigre odieux qui déchire son flanc ;
Le tombeau réunit la race bienfesante,
Et les brigands cruels enivrés de son sang.
En vain par vos travaux vous courez à la gloire 1 ,Vous mourez : c’en est fait, tout sentiment s’éteint,Vous n’êtes ni chéri, ni respecté, ni plaint :
La mort ensevelit jusqu’à votre mémoire.
Que la vie a peu d’appas !
Cependant on la désire.
Plus de plaisirs, plus d’empireDans les horreurs du trépas.
Un lion mort ne vaut pasUn moucheron qui respire.
O mortel infortuné !
Soit que ton âme jouisseDu moment qui t’est donné,
Soit que la mort le finisse,