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PRECIS
une grande différence entre les moeurs des Asiasliques, qui n’ontjamais changé, et celles des badauds de Paris, qui changent tous lesjours. Ils doivent se mettre dans la tête que la princesse Nausieaa,fille du roi Alcinoüs, et l’épouse du Cantique des Cantiques, et lanaïve parente de Booz, et Lia, et Rachel, n’ont rien de commun avecla femme ou la fille d’un marguillier.
Les chastes amours, la propagation de l’espèce humaine, ne fesaientpoint rougir ; on ne célébrait point l’adultère en chanson : on ne met-tait point sur un théâtre d’opéra les amours les plus lascifs, avec l’ap-probation d’un censeur et la permission du lieutenant de police deJérusalem.
Si les amours respectables de l’époux et de l’épouse commencentpar ces mots : « Isaguni minsichot piho kytobem dodeka me yayin :Qu’il me baise d’unbaiser de sa bouche, car sa gorge est meilleure quedu vin; » c’est que l’auteur de ce cantique n’était pas né à Paris;c’est que ni notre galanterie, ni notre esprit critique, ni notre inso-lence pédantesque, n’étaient pas connus à Hershalaïm, vulgairementnommée Jérusalem.
Vous qui insultez à l’antiquité sans la connaître ; vous qui n’ètessavants que dans la langue de l’opéra de Paris, du barreau de Paris,et des brochures de Paris ; vous qui voulez que l’esprit divin empruntevotre style, osez lire le livre d’Ézéchiel : vous serez scandalisés queDieu ordonne au prophète de manger son pain couvert d’excrémentshumains 1 , et qu’ensuite il change cet ordre en celui de manger son painavec de la fiente de vache. Mais sachez que dans toute l’Arabie dé-serte on mange quelquefois de la bouse de vache ; surtout que les plusvils excréments et le bourgeois le plus fier qui achète un office sontabsolument égaux aux yeux du Créateur, et même aux yeux du sage ;que rien n’est ni dégoûtant, ni vil, ni odieux devant la sagesse, sinonl’esprit d’ignorance et d’orgueil, qui juge de tout suivant ses petitsusages et ses petites idées.
Ceux qui ont osé regarderies expressions naturelles d’un amour lé-gitime comme des expressions profanes seraient bien étonnés s’ils li-saient le seizième et le vingt-troisième chapitre d’Ézéchiel, qu’ilsn’ont jamais lus : ils verront dans le seizième que Dieu même compareJérusalem à une jeune fille pauvre, malpropre, dégoûtante. « J’ai eupitié de vous , dit-il, je vous ai fait croître comme l’herbe des champs.Etubera tua iutumuerunt, et pilus tuusgerminavit, et erasnuda... Et
1 Ezéchiel, ch. iv, § 12.