DU CANTIQUE DES CANTIQUES. 389
tiansivi per te, et vidite,et ecce... tempus amantium,el extendiamietum meum super te... et facta es milii. El lavavi te aqua... Etvestivi te discoloribus... Etornavi te ornamentis, et dedi armillas...et torquem... sed Iiabens fiduciam in pulchritudine tua, fornicala escum omni transeunte. Et fecisti tibï simulacra masculina , et fornicalaes cum eis... Et fecisti tibi lupanar, et fornicata es cum vieillis magna,rum carnium... Et dona donabas eis ut intrarent ad te undique adfornicandum. »
Le vingt-troisième chapitre est encore beaucoup plus fort. Ce sontles deux sœurs Oolla et Oliba qui se sont abandonnées aux plus infâ-mes prostitutions ; Oolla a aimé avec fureur de jeunes officiers et dejeunes magistrats : « Oliba insanivit amore super concubitum eorumqui iiabent membra asinorum, et sicut lluxus equorum tluxus eorum. »
Vous voyez évidemment que dans ces temps-là on ne fesait pointscrupule de découvrir ce que nous voilons, de nommer ce que nousn’osons dire, et d’exprimer les turpitudes parles noms des turpitudes.
D’où vient notre délicatesse? c’est que plus les mœurs sont dépra-vées , plus les expressions deviennent mesurées. On croit regagner enparoles ce qu’on a perdu en vertu. La pudeur s’est enfuie des cœurs,et s’est réfugiée sur les lèvres. Les hommes sont enfin parvenusà vivre ensemble sans se dire jamais un seul mot de ce qu’ils sententet de ce qu’ils pensent : la nature est partout déguisée, tout est uncommerce de tromperie.
Rien de plus naturel, de plus ingénu , de plus simple , de plus vrai ,que le Cantique des Cantiques, donc il n’est pas fait pour notre lan-gue, disent ces hypocrites qui lisent 1 ’Aloisia, et qui prennent desairs graves en sortant des lieux que fréquentait Oliba.
La traduction que j’ai faite decette ancienne églogue hébraïque n’estpoint indécente ; elle est tendre, elle est noble, elle n’est point recher-chée comme celle de Théodore de Bèze :
Ecce ta bellissimaHis columbis præditaPætulis ocellulis,
Hiuc et inde pendulisOispulis cincinnulis.
J’ai eu surtout l’attention de ne point traduire les endroits dontl’esprit licencieux de quelques jeunes gens abuse quelquefois. Plusieursinterprètes n’ont fait aucune difficulté de traduire littéralement cepassage : « Misit manum ad foramen , et intremuit venter meus; » etcet autre, « Absque eo quod intrinsccus lalet. »