FRAGMENTS DE LA GUERRE DE GENÈVE. 401
L’animal chez les Juifs immonde,
Ont du plaisir à leur façon ;
Et tout est égal en ce monde.
Si j’étais un vrai voyageur, je vous parlerais du Véser et de l’Elbe,et des campagnes fertiles de Magdebourg, qui étaient autrefois le do-maine de plusieurs saints archevêques, et qui se couvrent aujourd’huides plus belles moissons (à regret sans doute) pour un prince héréti-que ; je vous dirais que Magdebourg est presque imprenable ; je vousparlerais de ses belles fortifications, et de sa citadelle construite dansune île entre deux bras de l’Elbe, chacun plus large que la Seine nel’est vers le pont Royal. Mais comme ni vous ni moi n’assiégeronsjamais cette ville, je vous jure que je ne vous en parlerai jamais.
Me voici enfin dans Potsdam. C’était sous le feu roi la demeurede PUarasmane ; une place d’armes et point de jardin , la marche durégiment des Gardes pour toute musique, des revues pour tout spec-tacle, la liste des soldats pour bibliothèque. Aujourd’hui c’est le palaisd’Auguste, des légions et des beaux esprits, du plaisir et de la gloire,de la magnificence et du goût, etc.
1 Dans la tragédie de Rhadamiste et Zènobie par Crébillon, açt. Il, sc. 2,Pharasmane dit :
La nature marâtre, en ces affreux climats ;
Ne produit, au lieu d’or, que du fer, des soldats.
FRAGMENTS DU POEME
DE LA GUERRE CIVILE DE GENÈVE r .
Quand le soleil, sur la fin d’un beau jour,
De ses rayons dore encor nos rivages,
' Nous avons cru devoir reproduire le peu de fragments remarquablesdu poème de La Guerre civile de Genève , que Voltaire n’acheva point etqu’il aurait mieux fait de n’avoir jamais commencé. 11 faut se repor-ter au temps où il fut composé, et se rappeler l’excessive irritabilité del’auteur et l'injustice des attaques de Rousseau, pour concevoir qu’ungénie tel que Voltaire soit descendu jusqu’à des personnalités d’un bur-lesque triste et grossier, et qui est aujourd’hui dépourvu de toute espèced’intérêt. Voltaire regretta sans doute d’avoir entrepris cet ouvrage,qu’il laissa interrompu, après en avoir écrit cinq chants à la hâte. Lors-que dans ce poëûie il appelle Rousseau Caron, et sa compagne Mé-gère, Vachine, et vieille sorcière, on ne voit dans ces attaques que lacolère qui égare le génie; et à tel point qu’exoepté les morceaux con-servés, le reste n’offre aucune beauté poétique. F. D).