400
VOYAGE A BERLIN.
enchantement chez la Princesse de Clèves fini, et je pars pour Ber-lin.
J’ai d’abord passé par Yesel, qui n’est plus ce qu’elle était quandLouis XIV la prit en deux jours, en 1672, sur les Hollandais. Elle ap-partient aujourd’hui au roi de Prusse, et c’est une des plus fortesplaces de l’Europe. C’est là qu’on commence à voir de ces bellestroupes que Frédéric II forma sans vouloir s’en servir, et que Frédéricle Grand a rendues si utiles à ses intérêts et à sa gloire. Le premiercoup d’œil surprend toujours.
D’un regard étonné j’ai vu sur ces rempartsCes géants court-vêtus, automates de Mars,
Ces mouvements si prompts, ces démarches si hères,
Ces moustaches, ces grands bonnets,
Ces habits retroussés, montrant de gros derrièresQue l’ennemi ne vit jamais.
Bientôt après j’ai traversé les vastes, et tristes, et stériles, et dé-testables campagnes de la Vestphalie.
De l’àge d’or jadis vantéC’est la plus fidèle peinture :
Mais toujours la simplicitéNe fait pas la belle nature.
Dans de grandes huttes qu’on appelle maisons, on voit des animauxqu’on appelle hommes, qui vivent le plus cordialement du mondepêle-mêle avec d’antres animaux domestiques. Une certaine pierredure, noire, et gluante, composée, à ce qu’on dit, d’une espèce deseigle, est la nourriture des maîtres de la maison. Qu’on plaigne aprèscela nos paysans, ou plutôt qu’on ne plaigne personne ; car, sous cescabanes enfumées, et avec cette nourriture détestable, ces hommesdes premiers temps sont sains, vigoureux, et gais. Ils ont tout juste lamesure d’idées que comporte leur état.
Ce n’est pas que je les envie :
J’aime fort nos lambris dorés ;
Je bénis l’heureuse industriePar qui nous furent préparésCent plaisirs par moi célébrés,
Frondés par la cagoterie,
Et par elle encor savourés.
Mais sur les huttes des sauvagesLa nature épand ses bienfaits ;
On voit l’empreinte de ses traitsDans les moindres de ses ouvrages.
L’oiseau superbe de Junon,