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ODES.
« Tandis que des humains le troupeau méprisable,
Sous l ’empire des sens indignement vaincu,
De ses jours indolents traînant le fil coupable,
Meurt sans avoir vécu,
« Donnez un digne essor à votre âme immortelle ;
Éclairez des esprits nés pour la vérité.
Dieu vous a confié la plus vive étincelleDe la Divinité.
>< De la raison qu’il donne il aime à voir l’usage ;
Et le plus digne objet des regards éternels,
Le plus brillant spectacle, est l’âme du vrai sageInstruisant les mortels.
« Mais surtout écartez ces serpents détestables ,
Ces enfants de l’Envie, et leur souffle odieux ;
Qu’ils n’empoisonnent pas ces âmes respectablesQui s’élèvent aux cieux.
« Laissez un vil Zoïle aux fanges du ParnasseDe ses coassements importuner le ciel,
Agir avec bassesse, écrire avec audace,
Et s’abreuver de fiel.
« Imitez ces esprits , ces fils de la lumière,
Confidents du Très-Haut, qui vivent dans son sein,
Qui jettent comme lui sur la nature entièreUn œil pur et serein. »
NOTE.
» En effet, il n’y a pas un de nos capitaines de vaisseau, pas un seulde nos pilotes, qui ne soit cent fois plus instruit que tous les Argonautes.Hercule, Thésée, et tous les héros de la guerre de Troie, n’auraient pastenu devant six bataillons commandés par le grand Condé, ou Turenne,ou Marlborough. Thalès et les Pythagore n’étaient pas dignes d’étudiersous Newton. Alcine et Armidts valent mieux que toutes les poésiesgrecques ensemble. Mais les premiers venus s’emparent du temple de la1.luire, le temps les y affermit, et les derniers trouvent la place prise( 1775 ).