ODES.
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Sourds à la Pitié timide,
Marchent d’un pas intrépideSur leurs membres déchirés.
Ces féroces humains, plus durs, plus inflexiblesQue l’acier qui les couvre au milieu des combats,S’étonnent à la fin de devenir sensibles,
D’éprouver la pitié qu’ils ne connaissaient pas,Lorsque la Mort en silenceD’un pas terrible s’avanceVers un objet plein d’attraits,
Quand ces yeux qui dans les âmesLançaient les plus douces flammesVont s’éteindre pour jamais.
Une famille entière, interdite, éplorée,
Se presse en gémissant vers un lit de douleurs ;
La victime l’attend, pâle, défigurée,
Tendant une main faible à ses amis en pleurs.Tournant en vain la paupièreVers un reste de lumièreQu’elle gémit de trouver ,
Elle présente sa tête ;
La faux redoutable est prête,
Et la Mort va la lever.
Le coup part, tout s’éteint : c’en est fait, il ne resteDe tant de dons heureux , de tant d’attraits si chersDe ces sens animés d’une flamme céleste,
Qu’un cadavre glacé , la pâture des vers.
Ce spectacle lamentable,
Cette perte irréparableVous frappe d’un coup plus fortQue cent mille funéraillesDe ceux qui, dans les batailles,Donnaient et souffraient la mort.
O Bareith ! ô vertus ! ô grâces adorées !
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