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ODES.
Femme sans préjugés , sans vice, et sans erreur,
Quand la mort t’enleva de ces tristes contrées,
De ce séjour de sang, de rapine, et d’horreur,
Les nations acharnéesDe leurs haines forcenéesSuspendirent les fureurs ;
Les discordes s’arrêtèrent ;
Tous les peuples s’accordèrentA t’honorer de leurs pleurs.
De la douce Vertu tel est le sûr empire ;
Telle est la digne offrande à tes mânes sacrés.
Vous qui n’êtes que grands, vous qu’un flatteur admire ,Vous traitons-nous ainsi lorsque vous expirez ?
La mort que Dieu vous envoieEst le seul moment de joieQui console nos esprits.
Emportez, âmes cruelles,
Ou nos haines éternelles,
Ou nos éternels mépris.
Mais toi dont la vertu fut toujours secourable,
Toi dans qui l’héroïsme égala la bonté,
Qui pensais en grand homme, en philosophe aimable,Qui de ton sexe enlin n’avais que la beauté,
Si ton insensible cendreChez les morts pouvait entendreTous ces cris de notre amour,
Tu dirais dans ta pensée :
Les dieux m’ont récompensée,
Quand ils m’ont ôté le jour.
C’est nous, tristes humains, nous qui sommes à plaindre,Dans nos champs désolés et sous nos boulevards,Condamnés à souffrir, condamnés à tout craindreDes serpents de l’Envie et des fureurs de Mars.
Les peuples foulés gémissent,